Dans la théorie de la tunica-corpus (Schmidt, 1924), le corpus est la zone interne du méristème apical caulinaire des angiospermes. Il est composé de cellules qui se divisent dans toutes les directions (divisions anticlinales, périclinales et obliques), assurant la croissance en volume de l'apex. Il s'oppose à la tunica, couche(s) externe(s) à divisions uniquement anticlinales (perpendiculaires à la surface).
Tunica et corpus se distinguent par l'orientation des divisions cellulaires, pas par la forme des cellules seule. La tunica s'étend en surface, le corpus fait grossir l'apex en profondeur et fournit les tissus internes de la tige.
Rôle dans l'organogénèse
Le corpus produit les tissus internes : parenchyme fondamental, procambium (futur système vasculaire) et moelle. La tunica externe donne l'épiderme et les couches sub-épidermiques. Cette organisation à deux zones est visible en coupe histologique du méristème : les cellules du corpus sont souvent plus grandes et moins régulièrement disposées que celles de la tunica.
Le corpus ne travaille pas isolément. Les ébauches de feuilles naissent sur les flancs de l'apex, où tunica et corpus participent ensemble à la formation du primordium : la tunica fournit le revêtement, le corpus une partie du tissu interne de la jeune feuille. Le fonctionnement du méristème repose donc sur une coordination entre couches, chacune gardant sa propre orientation de division.
Divisions anticlinales et périclinales : la différence qui fonde la théorie
La théorie tunica-corpus repose sur une distinction géométrique simple, qu'il faut maîtriser pour lire une coupe d'apex.
- Division anticlinale
- La nouvelle paroi est perpendiculaire à la surface de l'organe : la couche cellulaire s'allonge en surface sans s'épaissir.
- Division périclinale
- La nouvelle paroi est parallèle à la surface : une couche supplémentaire apparaît, l'organe gagne en épaisseur.
- Division oblique
- La paroi n'est ni parallèle ni perpendiculaire à la surface ; ce type s'observe dans le corpus, où l'orientation varie.
Une couche qui ne se divise que de façon anticlinale reste une couche unique et se renouvelle à l'identique : c'est la définition de la tunica. Dès qu'une cellule se divise dans d'autres plans, elle appartient au corpus.
Variation selon les groupes
Le nombre de couches de tunica varie selon les espèces : de 1 chez certaines Monocotylédones à 4-6 chez certaines Dicotylédones. Les Gymnospermes ne présentent pas cette organisation en tunica-corpus au sens strict. La distinction a ensuite été affinée par l'école française autour de Plantefol (1947), qui décrit au sommet de l'apex une zone peu active, un anneau initial sur les flancs, à l'origine des feuilles, et une zone médullaire à la base, qui fournit la moelle.
Chez les conifères, l'apex se décrit plutôt par zones de cytologie différente, sans tunica stable : les divisions périclinales peuvent apparaître jusqu'en surface. Cette différence explique pourquoi les manuels réservent le vocabulaire tunica-corpus aux plantes à fleurs.
Comment la botanique actuelle décrit-elle le corpus ?
Les études actuelles sur le méristème apical, menées notamment chez l'arabette des dames (Arabidopsis thaliana), décrivent l'apex en couches cellulaires notées L1, L2 et L3. Les couches L1 et L2 correspondent à une tunica à deux assises ; la couche L3 et les cellules sous-jacentes correspondent au corpus. Cette notation sert aussi pour les plantes chimériques, où chaque couche porte un génotype différent : elle permet de suivre quel tissu adulte dérive de quelle couche.
À cette lecture en couches s'ajoute une lecture en zones : une zone centrale aux divisions lentes, qui maintient les cellules souches, une zone périphérique où naissent les organes latéraux, et un méristème médullaire sous la zone centrale, qui alimente la moelle de la tige. Le corpus, au sens de Schmidt, recoupe la partie profonde de la zone centrale et le méristème médullaire. Les deux vocabulaires ne s'opposent pas : l'un décrit l'orientation des divisions, l'autre leur rythme et leur destin.
Repérer tunica et corpus sur une coupe
Sur une coupe longitudinale d'apex colorée, la tunica se reconnaît à ses assises régulières de cellules alignées, parallèles au dôme. Le corpus apparaît dessous comme un massif de cellules plus volumineuses, disposées sans ordre net. Compter les assises régulières avant le premier massif désordonné donne le nombre de couches de tunica de l'espèce observée.

















