Le nom latin d'une plante est un nom scientifique formé de deux mots : le genre, puis l'épithète d'espèce. Ce système binomial, fixé par Linné en 1753, donne une adresse unique à chaque espèce, là où le nom français en désigne plusieurs. Voici comment le lire, comment l'écrire, et à quoi correspond chaque terme ajouté.
En résumé
- Un nom latin de plante tient en deux mots indissociables : le genre, avec une majuscule, et l'épithète d'espèce, en minuscules, les deux en italique.
- Les termes qui suivent précisent un rang inférieur : subsp. pour la sous-espèce, var. pour la variété, un mot entre guillemets simples pour le cultivar.
- Le cultivar n'est pas du latin et ne relève pas du même code : il s'écrit en langue moderne, en caractères droits, et sort de la nomenclature botanique proprement dite.
- Un nom français peut recouvrir des plantes de familles différentes, et une même espèce porter dix noms communs selon les régions.
Un nom latin de plante tient en deux mots
La nomenclature botanique repose sur une règle simple : chaque espèce reçoit un nom en deux termes, et deux seulement. Le premier désigne le genre, le second l'espèce à l'intérieur de ce genre. Rosa canina est l'églantier, Allium sativum l'ail cultivé, Daucus carota la carotte. Cette forme s'appelle la nomenclature binomiale, et elle est devenue la référence commune des botanistes après la publication du Species Plantarum de Carl von Linné, en 1753.
Ce que l'on nomme latin botanique n'est d'ailleurs pas tout à fait du latin. C'est une langue de convention, bâtie sur une grammaire latine mais qui puise largement dans le grec, dans les noms de personnes et dans des mots vernaculaires latinisés pour l'occasion. Un botaniste allemand, japonais ou brésilien écrit et lit exactement le même nom, ce qui est précisément la raison d'être du système.
Le genre, premier mot et nom d'un groupe
Le genre réunit des espèces jugées assez proches par leur morphologie et, depuis les années 1990, par leurs séquences d'ADN. Il s'écrit avec une majuscule initiale. Quercus désigne l'ensemble des chênes, Acer celui des érables, Allium le groupe qui rassemble l'ail, l'oignon, le poireau et la ciboulette.
Le genre seul reste donc une indication large. Écrire Rosa ne dit pas de quel rosier on parle : le genre en réunit plus d'une centaine d'espèces sauvages, sans compter les innombrables sélections horticoles. C'est pourquoi un nom de genre employé isolément, courant dans le langage des jardineries, ne suffit jamais à identifier une plante précise. Le glossaire botanique du site détaille les rangs de la classification les uns après les autres.
L'épithète d'espèce, second mot qui ne vaut jamais seul
Le second terme, appelé épithète spécifique, s'écrit toujours en minuscules, y compris lorsqu'il est tiré d'un nom propre. Il n'a aucune existence autonome : sativa, vulgare ou officinalis se retrouvent dans des dizaines de genres différents, et ne désignent rien tant qu'ils ne sont pas accolés à un genre.
Ce point explique une confusion fréquente. Allium sativum est l'ail, Castanea sativa le châtaignier, Coriandrum sativum la coriandre : l'épithète commune signifie seulement « cultivé », elle ne rapproche en rien ces trois plantes. Les deux mots forment un tout, et c'est le couple, pas chaque moitié, qui identifie l'espèce. Vous pouvez le vérifier sur les fiches d'Allium cepa, l'oignon, et de Daucus carota, la carotte sauvage.
Pourquoi le nom français ne suffit pas
Le nom français, ou nom vernaculaire, est un nom d'usage. Il naît de la région, de la cuisine, de la pharmacie ou du commerce, et rien ne l'oblige à correspondre à une espèce unique. Trois défauts reviennent constamment.
- Un même nom commun pour des plantes sans parenté. Le mot laurier recouvre au moins trois espèces de trois familles distinctes : le laurier-sauce Laurus nobilis, le laurier-rose Nerium oleander, qui est toxique, et le laurier-cerise Prunus laurocerasus. Le nom latin les sépare immédiatement, ce qu'aucun des trois noms français ne fait.
- Un même végétal sous des dizaines de noms. Selon les régions, la même plante devient herbe aux verrues, herbe de Sainte-Claire ou éclaire. Un livre ancien, une recette régionale et une étiquette de pépinière peuvent parler du même végétal sans qu'un seul mot soit commun.
- Un nom qui migre. Le bleuet désigne une fleur des champs dans la moitié nord de la France et une baie comestible au Québec, deux plantes qui n'appartiennent ni au même genre ni à la même famille.
À cela s'ajoute une limite pratique que connaissent bien les débutants : une photo ne suffit pas toujours à trancher entre deux espèces voisines, et deux photos étiquetées du même nom français peuvent montrer deux plantes différentes. Le nom scientifique reste le seul point d'entrée fiable pour vérifier une identification, chercher une fiche ou comparer deux sources.
Lire un nom complet, rang par rang
Au delà des deux mots de base, un nom de plante peut porter des termes supplémentaires. Chacun correspond à un rang précis et s'écrit d'une manière qui lui est propre. Le tableau ci dessous les résume.
| Ce que l'on lit | Ce que cela désigne | Comment cela s'écrit | Exemple |
|---|---|---|---|
| Premier mot | Le genre | Italique, majuscule initiale | Rosa |
| Second mot | L'espèce | Italique, tout en minuscules | Rosa canina |
| subsp. | Une sous-espèce, souvent géographique | Abréviation en droit, épithète en italique | Daucus carota subsp. gadeceaui |
| var. | Une variété botanique, naturelle | Abréviation en droit, épithète en italique | Salix alba var. argentea |
| Guillemets simples | Un cultivar, obtenu par l'horticulture | Caractères droits, majuscule, jamais en latin | Quercus robur 'Concordia' |
| Signe × | Un hybride entre deux espèces | Signe de multiplication devant l'épithète | Abies × insignis |
| Nom abrégé final | L'auteur qui a décrit l'espèce | Caractères droits, après le nom | Rosa canina L. |
La sous-espèce et la variété, deux rangs naturels
La sous-espèce, abrégée en subsp. ou ssp., distingue des populations d'une même espèce qui diffèrent par quelques caractères stables et occupent le plus souvent des territoires séparés. La variété botanique, abrégée en var., marque une différence plus ténue, sans séparation géographique nette. La fiche de Daucus carota subsp. gadeceaui illustre le premier cas, celle de Salix alba var. argentea le second.
Ces deux rangs décrivent des plantes telles qu'elles existent dans la nature. Ils ne doivent pas être confondus avec le mot variété du langage courant, qui désigne presque toujours une obtention horticole, c'est à dire un cultivar. La même syllabe recouvre donc deux notions opposées : l'une constatée par un botaniste sur le terrain, l'autre créée et multipliée par un pépiniériste.
Le cultivar, qui n'est pas du latin
C'est la distinction la plus utile et la plus souvent ignorée. Un cultivar est une plante sélectionnée par l'homme pour une couleur, un port, une taille ou une résistance particulière. Son nom s'écrit entre guillemets simples, en caractères droits et non en italique, et il est donné dans une langue moderne : Quercus robur 'Concordia', Calluna vulgaris 'Mullion'.
Surtout, ce nom ne relève pas de la nomenclature botanique. Les plantes sauvages sont régies par le Code international de nomenclature pour les algues, les champignons et les plantes ; les plantes cultivées le sont par un texte distinct, le Code international de nomenclature des plantes cultivées. Deux codes, deux logiques, et c'est pour cela qu'un cultivar ne prend jamais la forme d'un mot latin en italique. Ce que cette différence change concrètement dans un massif est détaillé dans notre article sur les plantes vivaces.
L'hybride et son signe de multiplication
Quand deux espèces se croisent, le nom du produit de ce croisement porte un signe de multiplication. Placé entre le genre et l'épithète, il signale un hybride entre deux espèces du même genre, comme Abies × insignis. Placé devant le nom de genre lui-même, il annonce un hybride entre deux genres différents, cas plus rare mais fréquent chez les orchidées.
Le signe attendu est le symbole mathématique de multiplication, et non la lettre x du clavier. La substitution est si répandue, y compris dans des catalogues sérieux, qu'elle est aujourd'hui tolérée en pratique : elle reste une approximation typographique, pas une écriture correcte.
Comment écrire correctement un nom latin
Les règles d'écriture tiennent en quelques points, et les respecter change la lisibilité d'une fiche, d'un article ou d'une étiquette.
- Italique pour le genre et l'épithète, caractères droits pour tout le reste : abréviations de rang, nom de cultivar, nom d'auteur.
- Majuscule au genre, minuscule à l'épithète, même lorsque celle ci vient d'un nom propre ou d'un nom de pays.
- Genre abrégé à la seconde mention, quand aucune ambiguïté n'est possible : après avoir écrit Brassica oleracea, on peut écrire B. rapa dans la même page.
- Abréviations de rang jamais en italique : subsp., var., f. pour la forme, et le mot cv. lorsqu'il précède un cultivar.
- Nom d'auteur facultatif dans un texte courant, mais utile dans une fiche : le L. final de Rosa canina L. renvoie à Linné.
Un détail de lecture mérite d'être connu. Lorsque le nom d'auteur figure entre parenthèses, suivi d'un second nom, cela signifie que l'espèce a été décrite dans un genre puis transférée dans un autre : le premier auteur est celui de la description d'origine, le second celui du transfert. Cette petite parenthèse raconte donc l'histoire taxonomique de la plante en trois signes.
Ce que veulent dire les épithètes
Les épithètes ne sont pas des étiquettes arbitraires. Elles décrivent presque toujours quelque chose, et en reconnaître une trentaine permet de deviner l'essentiel d'un nom que l'on découvre.
- Un usage : officinalis et officinale signalent une plante d'officine, employée en pharmacie, comme Verbena officinalis ou Zingiber officinale ; sativus, sativa, sativum désignent une plante semée ou cultivée.
- Un milieu : sylvestris pour la forêt, pratensis pour la prairie, arvensis pour les champs cultivés, palustris pour les zones humides, montanus et alpinum pour la montagne.
- Une origine géographique : japonica, sinensis, canadensis, helvetica.
- Un caractère visible : album pour le blanc, nigra pour le noir, grandiflora pour les grandes fleurs, repens pour un port rampant.
- Une odeur ou une saveur : graveolens pour une odeur forte, acetosa pour l'acidité de l'oseille, vulgare et vulgaris pour ce qui est commun et répandu, comme Origanum vulgare ou Foeniculum vulgare.
Quelques épithètes rendent aussi hommage à une personne. Elles se reconnaissent à leur terminaison en -ii ou en -iana, construite sur un patronyme latinisé, et elles gardent leur minuscule initiale malgré leur origine.
Quelques noms latins que l'on rencontre souvent
La meilleure façon de se familiariser avec ces noms reste de les croiser. Voici des espèces communes en France, rangées par type de végétal, avec leur nom français en regard.
Arbres.
- Tilia cordata, le tilleul à petites feuilles, et Populus alba, le peuplier blanc.
- Betula pendula, le bouleau verruqueux, et Alnus glutinosa, l'aulne glutineux des bords de rivière.
- Pinus sylvestris, le pin sylvestre, et Sorbus aucuparia, le sorbier des oiseleurs.
- Prunus avium, le merisier dont descendent les cerisiers de nos vergers, et Acer campestre, l'érable champêtre des haies.
Arbustes et petits fruits.
- Ilex aquifolium, le houx, et Juniperus communis, le genévrier commun.
- Sambucus nigra, le sureau noir, et Cornus mas, le cornouiller mâle.
- Rubus idaeus, le framboisier, et Vaccinium myrtillus, la myrtille sauvage.
- Vitis vinifera, la vigne, Ficus carica, le figuier, et Citrus limon, le citronnier.
Plantes herbacées.
- Papaver rhoeas, le coquelicot, et Trifolium pratense, le trèfle des prés.
- Plantago major, le grand plantain, et Myosotis arvensis, le myosotis des champs.
- Rumex acetosa, l'oseille, Foeniculum vulgare, le fenouil, et Carum carvi, le carvi.
- Fragaria vesca, le fraisier des bois, Vicia faba, la fève, Secale cereale, le seigle, et Linum usitatissimum, le lin cultivé.
Ces exemples montrent au passage une régularité utile : un même nom de genre rassemble souvent des plantes que le jardin ou la cuisine séparent. Le genre Prunus réunit le prunier, le cerisier, l'abricotier, le pêcher et l'amandier ; le genre Rubus couvre aussi bien la ronce des chemins que le framboisier du potager.
Il existe enfin un cas où le nom latin n'est pas une commodité mais une obligation. Les arrêtés qui fixent la liste des espèces de flore protégée, comme les inventaires d'herbiers et de jardins botaniques constitués depuis le dix-huitième siècle, sont rédigés en noms scientifiques et jamais en noms communs. Un relevé de terrain noté en français n'a donc aucune valeur réglementaire, et c'est une raison de plus de prendre l'habitude du nom latin.
Au dessus du genre : la famille
Le rang immédiatement supérieur au genre est la famille. Son nom se reconnaît à sa terminaison en -aceae, construite sur le nom d'un genre de référence : Rosaceae sur Rosa, Brassicaceae sur Brassica, Fabaceae sur Faba. Une famille s'écrit avec une majuscule et sans italique.
Huit familles font exception et conservent, à titre de noms alternatifs admis, une forme ancienne héritée de la botanique classique. Ce sont Compositae pour les Asteraceae, Gramineae pour les Poaceae, Leguminosae pour les Fabaceae, Cruciferae pour les Brassicaceae, Umbelliferae pour les Apiaceae, Labiatae pour les Lamiaceae, Guttiferae pour les Clusiaceae et Palmae pour les Arecaceae. Rencontrer Umbelliferae dans un ouvrage ancien et Apiaceae dans une flore récente ne signale donc pas une erreur, mais deux noms également valables pour la même famille.
Connaître la famille donne un renseignement immédiat sur une plante inconnue. Brassica oleracea et Brassica rapa, chou et navet, appartiennent aux Brassicaceae : leurs fleurs à quatre pétales en croix se reconnaissent d'un coup d'oeil, et la même signature se retrouve chez la moutarde ou le colza.
Quand un nom change
Un nom scientifique n'est pas figé. Les analyses génétiques conduisent régulièrement à déplacer une espèce d'un genre à un autre, ou à scinder un genre devenu trop hétérogène. L'ancien nom devient alors un synonyme : il reste parfaitement compréhensible et continue de circuler dans les catalogues, mais il n'est plus le nom accepté.
Deux principes encadrent ces changements. Le principe de priorité veut que le nom valablement publié le plus ancien l'emporte, ce qui explique que des noms tombés dans l'oubli ressortent parfois après une révision. Et toute description nouvelle doit s'appuyer sur un spécimen de référence conservé dans un herbier, qui sert d'arbitre matériel en cas de désaccord. Le fonctionnement détaillé de ces règles est présenté dans la page consacrée à la nomenclature et à la classification des végétaux.
En pratique, mieux vaut noter les deux formes lorsqu'on tient un carnet ou un inventaire : le nom accepté aujourd'hui, et l'ancien entre parenthèses. C'est ce qui permet de relier ses propres notes à un livre publié il y a vingt ans.
Vos questions sur les noms latins
- Quel est le nom latin des plantes ?
- Il n'existe pas un nom latin unique pour l'ensemble des plantes : chaque espèce possède le sien, formé du nom de genre suivi de l'épithète d'espèce. L'églantier est Rosa canina, la carotte Daucus carota, le châtaignier Castanea sativa.
- Pourquoi utiliser le nom latin des plantes ?
- Parce qu'il est unique et international. Un nom français peut désigner plusieurs espèces de familles différentes, et une même plante porter des noms distincts d'une région à l'autre. Le nom scientifique supprime cette ambiguïté et permet de comparer deux sources sans risque de confusion.
- Comment se repérer entre genre et espèce ?
- Le premier mot est le genre et porte une majuscule, le second est l'épithète d'espèce et reste en minuscules. Le genre désigne un groupe d'espèces proches, l'épithète distingue l'une d'elles à l'intérieur de ce groupe. Aucun des deux ne vaut seul.
- Comment identifier une plante par son nom ?
- En partant du nom scientifique plutôt que du nom commun, puis en vérifiant les caractères décrits sur une fiche de référence. Une photo seule ne suffit pas à trancher entre deux espèces voisines, alors que le nom latin conduit toujours à une seule fiche.
- D'où viennent les noms latins des végétaux ?
- Du latin botanique, une langue de convention qui emprunte aussi au grec, à des noms de personnes et à des mots vernaculaires latinisés. Le système binomial est fixé depuis la publication du Species Plantarum de Linné, en 1753.
- Quelles sont les familles de plantes en latin ?
- Les noms de familles se terminent en -aceae et se construisent sur un genre de référence : Rosaceae, Brassicaceae, Poaceae, Lamiaceae. Huit d'entre elles conservent en plus un nom ancien également valable, comme Compositae pour les Asteraceae.
- Que signifient les guillemets simples dans un nom de plante ?
- Ils encadrent un nom de cultivar, c'est à dire une sélection horticole. Ce nom s'écrit en caractères droits, dans une langue moderne, et relève du code des plantes cultivées et non de la nomenclature botanique.
Retrouver une plante à partir de son nom latin
Une fois le principe compris, la recherche devient directe. Le nom de genre sert de point d'entrée et rassemble toutes les espèces qui en dépendent ; l'épithète affine ensuite. C'est la logique de la base botanique Plantae, dont chaque fiche porte le nom scientifique complet, la famille, une photo et les caractères qui permettent de vérifier une identification. La présentation du site détaille les rubriques dans lesquelles ces fiches sont rangées.
Deux réflexes évitent la plupart des impasses. Chercher d'abord le genre seul, pour voir la liste des espèces disponibles, plutôt que de saisir un nom complet dont on n'est pas sûr. Et vérifier, si le nom ne donne rien, s'il ne s'agit pas d'un synonyme ancien : les noms de plantes changent, et un catalogue de pépinière suit rarement les révisions les plus récentes. L'index par genre est accessible depuis la page des fiches plantes, et les fiches d'espèces cultivées comme Castanea sativa montrent à quoi ressemble une entrée complète.



