Faire un herbier qui se conserve : de la récolte à la planche montée

Un herbier est une collection de plantes séchées à plat, montées sur planche et documentées par une étiquette. Récolter, sécher sous presse, monter, étiqueter : quatre gestes, peu de matériel, et une règle qui décide de tout, car sans lieu ni date de récolte la plante montée ne prouve plus rien.

L'essentiel en trois points

  • Une page d'herbier sans étiquette n'a aucune valeur botanique : le lieu précis, la date et le nom du collecteur comptent autant que le végétal prélevé.
  • Le séchage se fait à froid, entre des feuilles absorbantes et des cartons, sous une pile de livres, en changeant le papier tous les jours au début.
  • Le papier journal est un consommable, pas un support définitif : il est acide et son encre migre sur les fleurs claires.

Ce qu'un herbier est, et ce qu'il n'est pas

Un herbier réunit des échantillons végétaux aplatis, fixés sur des feuilles rigides de format constant, chacun accompagné de sa fiche de récolte. Les herbiers de référence des jardins botaniques emploient des planches d'environ 28 sur 42 centimètres ; un herbier personnel gagne à adopter un format unique, quel qu'il soit, parce que c'est lui qui rend le rangement et la consultation possibles.

La différence avec une collection décorative de fleurs séchées tient à un seul geste : la prise de notes. Un pétale collé dans un cahier est un souvenir. Le même pétale accompagné de son lieu de collecte, du moment de la cueillette et du milieu où il poussait devient un témoignage utilisable, y compris des années plus tard par quelqu'un d'autre. C'est ce qui fait qu'un herbier ancien reste une source pour retracer la répartition d'une espèce.

Avant de récolter : ce que la loi autorise

Cette étape se traite avant tout achat de matériel, parce qu'elle peut interdire la récolte que l'on avait en tête. Trois règles se cumulent en France.

  • Certaines espèces sont protégées par arrêté, au niveau national comme au niveau régional : leur cueillette, même partielle, est interdite. Une orchidée sauvage relevée au bord d'un chemin fait souvent partie de cette catégorie.
  • Les coeurs de parcs nationaux, les réserves naturelles et une partie des espaces gérés par le Conservatoire du littoral appliquent une interdiction générale de prélèvement, quelle que soit l'espèce.
  • Sur un terrain privé, la plante appartient au propriétaire : il faut son accord, y compris pour une tige.

En pratique, un débutant travaille sereinement sur les plantes communes des friches, des bords de champs et des jardins. La biodiversité végétale ordinaire suffit largement à remplir un premier classeur, et elle a l'avantage d'être abondante : on peut prendre le pied entier sans appauvrir la station.

Le matériel : l'utile et le facultatif

Le matériel se résume à peu de chose, et l'essentiel se trouve déjà chez soi.

  • Une paire de ciseaux ou un sécateur, et une petite pince pour manipuler les organes fragiles.
  • Des feuilles de papier absorbant en quantité : des feuilles de papier journal font l'affaire, le buvard fait mieux.
  • Du carton ondulé découpé au format retenu, pour intercaler les couches.
  • Deux planchettes et une pile de gros livres, ou des sangles, pour comprimer l'ensemble.
  • Un carnet et un crayon, à remplir sur le terrain et non le soir venu.

La presse à vis du commerce n'apporte rien de décisif : un livre lourd posé sur une pile bien montée exerce une pression suffisante. Le budget se place plutôt dans du papier de montage neutre, qui ne jaunira pas.

Récolter : quelle partie de la plante prélever

La plante entière quand elle est petite

Les caractères qui permettent d'identifier une espèce se répartissent sur tout le végétal, et beaucoup se logent là où le promeneur ne regarde pas : la base des tiges, la face inférieure du limbe, la racine. Pour une herbacée de taille modeste, on prend donc le pied complet, racines comprises, rincé de sa terre. Pour un arbuste ou une grande plante, on prélève un rameau portant à la fois des feuilles et des fleurs, en prenant soin de couper la tige net plutôt que de l'arracher, et on note dans le carnet la hauteur du sujet entier.

Le moment de la cueillette

On récolte par temps sec, en fin de matinée, une fois la rosée évaporée : une plante mouillée moisit sous la charge avant d'avoir séché. La période de floraison est préférable, parce que la fleur porte l'essentiel des critères de détermination ; un échantillon en fruit vaut mieux qu'un échantillon stérile, et les deux ensemble valent mieux encore.

Chaque échantillon part dans une chemise de journal pliée, avec un numéro au crayon qui renvoie au carnet. Ce numéro est le fil qui relie plus tard le spécimen à ses informations : sans lui, deux récoltes du même matin deviennent indiscernables.

La mise sous presse, étape par étape

  1. Poser une planchette, puis une plaque de carton ondulé.
  2. Déposer deux ou trois feuilles absorbantes, puis la plante, étalée à la main.
  3. Placer les organes dans la position qu'ils garderont : étaler le limbe, retourner une feuille sur deux pour montrer les deux faces, ouvrir une corolle, séparer les tiges qui se chevauchent.
  4. Recouvrir de deux ou trois feuilles absorbantes, puis d'un nouveau carton.
  5. Recommencer, puis fermer par la seconde planchette et poser dessus un objet lourd.

L'étalement de la troisième étape est le seul geste vraiment irréversible : une fois sec, un organe replié ne se déplie plus. Une plante charnue se fend au scalpel dans le sens de la longueur pour réduire son épaisseur, et un bulbe se coupe en deux.

Le rythme de changement du papier

Le papier absorbe l'eau de la plante et la retient. S'il n'est pas renouvelé, il la lui rend et la moisissure s'installe. On change donc les feuilles chaque jour la première semaine, puis tous les deux ou trois jours. Les feuilles retirées se font sécher à plat et se réutilisent.

Le séchage complet demande deux à quatre semaines selon l'épaisseur. Une plante prête est raide et ne fléchit plus quand on la soulève par la base ; froide au toucher, elle contient encore de l'eau.

Journal, buvard ou carton : ce que chacun fait

SupportCe qu'il apporteSa limite
Papier journalabsorbe beaucoup, gratuit, se change sans compteracide, et son encre migre sur les corolles claires
Papier buvardabsorption régulière, aucune encre, surface lissedoit être acheté, et se change aussi souvent
Carton ondulélaisse circuler l'air d'un étage à l'autre de la pilen'absorbe presque rien : il complète le papier, il ne le remplace pas

La règle qui en découle tient en une phrase : le journal et le buvard touchent la plante, le carton ne la touche jamais. Et aucun des trois ne sert de support définitif, le papier de montage étant choisi à part.

Les erreurs qui abîment une plante sans retour

Trois d'entre elles reviennent constamment, et deux sont irrattrapables.

Le four et le micro-ondes. Ils évaporent l'eau trop vite, brunissent les tissus et rendent le végétal cassant. Le séchage doit rester lent et se conduire à température ambiante, à l'abri de toute source de chaleur, dans un endroit sec et aéré.

La mise en chemise d'un spécimen encore humide. Une trace d'humidité résiduelle suffit à lancer une moisissure qui gagnera les spécimens voisins. En cas de doute, on prolonge d'une semaine : rien ne se dégrade à rester sous charge.

La pression mal dosée. Une pile insuffisamment comprimée laisse les organes gondoler ; une pression excessive écrase les fleurs charnues jusqu'à les rendre illisibles. Le poids d'une pile de livres, ajustée au ressenti, convient dans presque tous les cas.

Fixer le spécimen sans le détruire

Le montage se fait sur du papier blanc neutre, épais, du même format pour toutes les pages. Le végétal se fixe par de fines bandelettes de papier gommé posées en travers des tiges, jamais le long de celles-ci, ou par quelques points de fil cousus à l'aide d'une aiguille. Les organes détachés, graines ou fragments tombés pendant le séchage, se glissent dans une petite pochette collée dans un angle.

Le ruban adhésif transparent est le piège le plus courant. Il tient quelques années, jaunit, se décolle en emportant l'épiderme, et son retrait détruit ce qu'il devait protéger. La colle blanche étalée sur toute la surface pose le même problème en pire : elle rend le spécimen inséparable de son support et interdit tout examen ultérieur de la face cachée.

L'étiquette : la seule pièce qui donne sa valeur à la planche

C'est ici que se joue la différence entre un objet décoratif et un document. L'étiquette se colle dans l'angle inférieur droit et porte, au minimum :

  • le nom scientifique complet, avec le genre, l'espèce et l'auteur, ainsi que le nom vernaculaire s'il est connu ;
  • la localité la plus précise possible, commune et lieu-dit, avec les coordonnées relevées si on en dispose ;
  • la date et le lieu de récolte, écrits en toutes lettres pour éviter toute ambiguïté entre formats ;
  • le milieu observé : nature du sol, exposition, végétation environnante ;
  • le nom du collecteur et le numéro d'ordre du carnet.

Écrire le nom commun à côté du scientifique n'est pas une coquetterie : les appellations locales varient d'une région à l'autre et désignent parfois des espèces différentes. La construction de la dénomination latine, du genre au cultivar, est détaillée dans notre article sur le nom latin des plantes, et les termes descriptifs employés sur l'étiquette sont définis dans le glossaire botanique.

La détermination peut attendre. Une planche montée et documentée, dont l'espèce reste à identifier, garde toute sa valeur ; l'inverse n'est pas vrai. Les fiches plantes de la base permettent de comparer un échantillon à une description, comme le ferait une flore ou un livre de botanique, en commençant par la forme de la feuille composée ou simple, qui élimine déjà beaucoup de candidats.

Conserver la collection sur la durée

Les ennemis d'un herbier sont l'humidité, la lumière et les insectes. Les anthrènes et les psoques dévorent les tissus végétaux et peuvent vider un spécimen de sa substance en quelques mois, sans bruit.

La parade employée par les établissements est simple et se transpose chez soi : passer chaque spécimen monté au congélateur, à moins dix-huit degrés, pendant 48 à 72 heures avant de le ranger. Le froid tue les larves comme les oeufs. L'échantillon se laisse ensuite revenir à température dans un sac fermé pour éviter la condensation.

Chaque page prend ensuite sa place à plat, dans des chemises, à l'abri de la lumière directe, dans une pièce sèche et de température stable. Un contrôle annuel, en début d'hiver, permet de repérer à temps une trace de poussière fine sous un spécimen : c'est le premier signe d'une infestation.

Ce que les débutants demandent le plus souvent

Comment créer un herbier facilement ?

En commençant par cinq ou six plantes communes plutôt que par une collection ambitieuse : récolter par temps sec, glisser chaque échantillon dans une chemise de journal avec un numéro, presser sous une pile de livres et changer le papier chaque jour la première semaine.

Quels matériaux sont nécessaires pour un herbier ?

Des ciseaux, du papier absorbant, du carton ondulé, deux planchettes, un poids, un carnet, puis du papier neutre et du papier gommé pour le montage définitif. Rien d'autre n'est indispensable.

Comment sécher et presser des plantes ?

À froid et sous pression constante : la plante est étalée entre des feuilles absorbantes, elles-mêmes séparées par des cartons, l'ensemble étant comprimé pendant deux à quatre semaines avec un renouvellement régulier du papier.

Quelles étapes pour faire un herbier ?

Vérifier ce que l'on a le droit de cueillir, récolter en notant où et quand, mettre sous presse en étalant les organes, changer le papier jusqu'au séchage complet, monter sur son support définitif avec des bandelettes, étiqueter, puis congeler avant de classer.

Comment faire un herbier avec des enfants ?

En leur confiant l'étalement et l'étiquette, qui sont les deux gestes où l'on apprend vraiment quelque chose. Les feuilles d'arbres sèchent vite et se prêtent bien à une première série ; l'attente de plusieurs semaines se compense en montant les premiers spécimens pendant que les suivants pressent.

Quels types de plantes choisir pour un herbier ?

Des espèces communes, non protégées, minces et faciles à aplatir. Les graminées, les feuilles d'arbres et les composées sèchent bien ; les plantes grasses, les bulbes et les gros fruits demandent une découpe préalable et découragent souvent les débutants.

Comment conserver un herbier ?

À plat, à l'abri de l'humidité, à l'obscurité et à température stable, après un passage au congélateur qui élimine les insectes. Un contrôle une fois par an suffit à repérer une infestation avant qu'elle ne se propage.

Faire un herbier avec des enfants, sans le transformer en corvée

Fabriquer un herbier avec un enfant est un exercice ancien, et il fonctionne parce qu'il oblige à regarder de près. Un enfant qui doit étaler une ombelle avant de la presser compte les rayons, remarque la bractée à leur base, et retient la structure bien mieux qu'en la lisant.

Deux aménagements suffisent à tenir la durée. Le premier consiste à lancer plusieurs séries décalées, pour qu'il y ait toujours une planche à monter pendant que d'autres sèchent. Le second est de laisser la détermination de côté : on peut nommer plus tard, et un spécimen étiqueté espèces du talus derrière l'école, 12 mai reste parfaitement exploitable.

Cette activité se prolonge naturellement vers l'observation au jardin, où les mêmes espèces se retrouvent cultivées et permettent de comparer un individu sauvage à son homologue horticole.

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