L'androgynocandrie désigne la condition d'une plante qui porte simultanément des fleurs hermaphrodites (les deux sexes réunis), des fleurs femelles (gynécée seul) et des fleurs mâles (androcée seul). Pour s'y retrouver, une idée suffit : le terme qualifie un individu, le pied que l'on observe, et non une espèce entière. Les flores et manuels de botanique décrivent plus volontiers cette même situation sous le nom de trimonoécie, ou disent simplement de la plante qu'elle est polygame.
Ce que disent les racines du mot
Le mot assemble deux racines grecques bien connues des botanistes : andro-, qui renvoie au masculin, et gyno-, qui renvoie au féminin. On les retrouve dans androcée (l'ensemble des étamines) et gynécée (l'ensemble des carpelles). Leur réunion dans un seul terme signale que les organes des deux sexes cohabitent sur la plante, répartis entre plusieurs sortes de fleurs au lieu d'être tous réunis dans chacune.
Relation avec la polygamie
L'androgynocandrie est une forme de polygamie. La polygamie regroupe toutes les situations où une plante porte plus d'un type sexuel de fleurs : andromonoecie (hermaphrodites + mâles sur le même pied), gynomonoecie (hermaphrodites + femelles), trioecie (hermaphrodites, mâles et femelles sur des pieds différents). L'androgynocandrie ajoute à cela la présence simultanée des trois types sur le même individu.
| Système sexuel | Types de fleurs | Répartition |
|---|---|---|
| Andromonoécie | Hermaphrodites et mâles | Sur le même pied |
| Gynomonoécie | Hermaphrodites et femelles | Sur le même pied |
| Androgynocandrie (trimonoécie) | Hermaphrodites, mâles et femelles | Sur le même pied |
| Androdioécie | Hermaphrodites et mâles | Sur des pieds distincts |
| Gynodioécie | Hermaphrodites et femelles | Sur des pieds distincts |
| Trioécie | Hermaphrodites, mâles et femelles | Sur des pieds distincts |
Le tableau montre où se place le terme : la combinaison de fleurs est celle de la trioécie, mais la répartition est celle de la monoécie, puisque tout se joue sur une seule plante.
Reconnaître une plante androgynocandre sur le terrain
L'observation se fait fleur par fleur, sur un même individu, avec une loupe de botaniste. Une fleur mâle montre des étamines chargées de pollen, sans pistil ou avec un pistil réduit et non fonctionnel. Une fleur femelle porte un pistil bien formé, sans étamines ou avec des staminodes, c'est-à-dire des étamines stériles. Une fleur hermaphrodite réunit des étamines fertiles et un pistil complet.
Il faut ensuite s'assurer que les trois catégories coexistent vraiment sur le pied examiné, et pas seulement sur des individus voisins de la même population : dans ce second cas, il s'agirait d'un système réparti entre plusieurs plantes. Plusieurs relevés au fil de la floraison donnent une image plus fiable qu'une seule visite, car la proportion de chaque type peut évoluer d'une semaine à l'autre.
Un piège classique tient à la dichogamie. Une fleur hermaphrodite dont les étamines mûrissent avant le stigmate (protandrie) paraît mâle au début de sa floraison, puis femelle quand le stigmate devient réceptif. Avant de conclure, il vaut donc mieux suivre quelques fleurs marquées sur plusieurs jours.
Exemples et intérêt évolutif
Ce type de sexualité est rare mais présent dans certaines populations d'Acer (érables) et de quelques Apiaceae. Il réduit l'autofécondation en maturant mâles et femelles à des moments différents (dichogamie), tout en permettant la flexibilité de la production de graines selon les ressources disponibles. Il est interprété comme une adaptation aux conditions environnementales variables.
Une explication souvent avancée repose sur le coût des fleurs : une fleur mâle demande moins de réserves qu'une fleur capable de porter un fruit. Une plante qui dispose des trois types peut ainsi produire beaucoup de pollen à moindre frais, tout en gardant des fleurs femelles et hermaphrodites pour assurer la fructification.
Androgynocandrie, monoécie, dioécie : démêler les confusions
Une plante androgynocandre est-elle monoïque ?
Au sens large, oui : tous ses types de fleurs se trouvent sur un seul pied, ce qui la range du côté de la monoécie. Elle s'en distingue par la présence, en plus des fleurs mâles et femelles, de fleurs hermaphrodites.
Tous les érables portent-ils les trois types de fleurs ?
Non. La répartition des sexes varie selon les espèces, et souvent aussi d'un arbre à l'autre ou d'une année à l'autre. Le terme ne s'applique qu'aux individus chez qui les trois sortes de fleurs ont été observées ensemble.
Pourquoi le mot est-il si rare dans les flores ?
Les ouvrages de détermination préfèrent des formules plus courtes, comme « fleurs polygames » ou « plante trimonoïque ». Connaître l'androgynocandrie aide surtout à lire les glossaires anciens et les descriptions détaillées où ce vocabulaire subsiste.

















