Une plante protégée est une espèce végétale sauvage inscrite sur une liste fixée par arrêté : sa cueillette, son arrachage ou sa mise en vente sont interdits. La liste nationale date du 20 janvier 1982 ; listes régionales et arrêtés préfectoraux étendent ce statut de protection selon le territoire.
Les points à retenir avant de cueillir
- Avant de ramasser des plantes, trois niveaux de protection se superposent : liste nationale, liste régionale ou départementale, arrêtés du préfet.
- Pour une espèce végétale protégée, le Code de l'environnement interdit la cueillette d'une seule fleur, même sur son propre terrain.
- Hors protection, la cueillette de la flore sauvage reste encadrée par le droit du propriétaire et par le règlement de chaque site naturel.
- Le statut d'une espèce se vérifie sur l'INPN, et le texte d'un arrêté dans sa version en vigueur sur Legifrance.
Pourquoi certaines espèces végétales sont-elles protégées ?
Une espèce entre dans une liste de protection lorsqu'elle est rare, en déclin ou limitée à des milieux fragiles : tourbières, pelouses d'altitude, dunes, zones humides. La cueillette n'est pas toujours la cause première de sa raréfaction, puisque la destruction des habitats pèse en général bien davantage, mais elle devient un risque réel pour une plante dont il ne reste que quelques stations. Arracher un pied d'orchidée pour le replanter au jardin, ramasser des bulbes de tulipe sauvage ou prélever des brassées de fleurs sur un même site suffit à faire disparaître une population locale. La perte d'une plante entraîne parfois celle de la faune qui en dépend : l'azuré des mouillères, un papillon, pond sur la gentiane pneumonanthe et ne se maintient pas sans elle.
La Liste rouge de la flore vasculaire de France métropolitaine, publiée en 2018 par le comité français de l'UICN et le Muséum national d'Histoire naturelle, classe environ 15 % des espèces évaluées comme menacées. Une liste rouge n'a toutefois aucune valeur juridique : elle mesure un risque d'extinction, elle n'interdit rien. Seule l'inscription d'une espèce sur une liste fixée par arrêté ministériel ou préfectoral crée une obligation. C'est cette distinction entre plante menacée et plante protégée qui explique qu'une fleur rare puisse être cueillie légalement, et qu'une fleur encore commune dans une région soit interdite dans une autre.
La protection de la flore sauvage répond aussi à des engagements internationaux. La convention de Berne de 1979 relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l'Europe, la directive européenne 92/43/CEE dite « Habitats » et la convention de Washington (CITES), qui encadre le commerce international des espèces menacées, imposent à la France de protéger certaines plantes et leurs habitats. Le vocabulaire de ces conventions, que l'on retrouve dans les pages consacrées à la biodiversité végétale et aux milieux naturels, imprègne le droit national, qu'il s'agisse de l'habitat d'une espèce ou de son risque d'extinction.
Ce que dit le Code de l'environnement
Le socle juridique, issu de la loi du 10 juillet 1976 relative à la protection de la nature, est aujourd'hui l'article L411-1 du Code de l'environnement. Lorsqu'un intérêt scientifique particulier ou la préservation du patrimoine naturel le justifient, il interdit, pour les espèces végétales non cultivées inscrites sur une liste, « la destruction, la coupe, la mutilation, l'arrachage, la cueillette ou l'enlèvement », ainsi que « le transport, le colportage, l'utilisation, la mise en vente, la vente ou l'achat » de tout ou partie de ces végétaux, qu'ils aient été prélevés dans le milieu naturel ou non. Cette énumération est volontairement large : elle vise la fleur, la feuille, le fruit, la graine, le bulbe et la plante entière.
L'article L411-2 prévoit des dérogations, accordées pour la recherche scientifique, la conservation, la sécurité publique ou des projets d'intérêt public majeur, à condition qu'il n'existe pas d'autre solution satisfaisante et que la dérogation ne nuise pas au maintien de l'espèce. Ces autorisations sont délivrées au cas par cas par l'administration ; elles ne concernent jamais un promeneur qui souhaite composer un bouquet.
Les articles réglementaires R411-1 et suivants renvoient la fixation des listes à des arrêtés interministériels. D'autres dispositions, aux articles R412-8 et suivants, permettent au préfet de réglementer la cueillette d'espèces qui ne sont pas protégées au sens strict mais qui subissent une forte pression de ramassage. On obtient ainsi deux familles de textes : ceux qui protègent une espèce, et ceux qui encadrent sa récolte.
La liste nationale : l'arrêté du 20 janvier 1982
L'arrêté du 20 janvier 1982 fixant la liste des espèces végétales protégées sur l'ensemble du territoire national (JORF du 13 mai 1982) est le texte de référence. Il a été modifié et complété à plusieurs reprises depuis sa publication, si bien qu'il faut toujours consulter sa version en vigueur sur Legifrance plutôt qu'un document PDF ancien téléchargé sur un forum. Le texte est organisé en deux annexes dont la portée diffère nettement.
L'annexe I : une interdiction générale
Pour les espèces de l'annexe I, toutes les opérations énumérées par le Code de l'environnement sont interdites en tout temps et sur tout le territoire national. Cette interdiction s'applique aussi sur une parcelle privée : le propriétaire d'un terrain où pousse une espèce de l'annexe I ne peut ni la cueillir, ni la détruire, ni la vendre. Seuls les travaux d'exploitation courante des fonds ruraux sur les parcelles habituellement cultivées bénéficient d'une tolérance prévue par le texte.
On y trouve par exemple le sabot de Vénus (Cypripedium calceolus), le chardon bleu des Alpes (Eryngium alpinum), le droséra à feuilles rondes (Drosera rotundifolia), la tulipe sauvage (Tulipa sylvestris), la grande douve (Ranunculus lingua), plusieurs statices du littoral (genre Limonium) et plusieurs androsaces des Alpes et des Pyrénées. Pour chaque plante, la fiche botanique permet de rapprocher le nom vernaculaire du binôme latin, seul utilisé dans l'arrêté.
L'annexe II : une utilisation soumise à autorisation
Les espèces de l'annexe II ne sont pas interdites de toute manipulation : leur ramassage, leur utilisation, leur mise en vente, leur vente ou leur achat sont soumis à une autorisation du ministre chargé de la protection de la nature. Cette catégorie concerne des plantes qui font l'objet d'usages traditionnels ou commerciaux et pour lesquelles l'État préfère contrôler les volumes plutôt que les proscrire.
Et la flore marine ?
Les plantes marines relèvent d'un texte distinct, l'arrêté du 19 juillet 1988 relatif à la liste des espèces végétales marines protégées. La posidonie (Posidonia oceanica), qui forme des herbiers sous la mer Méditerranée, y figure. L'arrachage de ses feuilles vivantes ou la destruction de ses herbiers entre dans le champ des interdictions, ce qui concerne aussi les ancres des bateaux de plaisance.
Les listes régionales complètent la liste nationale
Une espèce commune à l'échelle du pays peut être rarissime dans une région. Pour en tenir compte, des arrêtés ministériels ont fixé, région par région, une liste d'espèces végétales protégées qui complète la liste nationale. Ces listes régionales reposent sur les anciennes régions administratives : un arrêté porte ainsi sur le Pays de la Loire, un autre sur la Corse, un autre sur Rhône-Alpes, un autre sur la Picardie, anciennement région à part entière et aujourd'hui fondue dans les Hauts-de-France, et ces arrêtés restent applicables malgré la fusion de 2016. Dans une grande région comme la Nouvelle-Aquitaine, une plante peut donc être protégée dans l'ancien Limousin et libre de cueillette dans l'ancienne Aquitaine.
Le régime juridique est celui de l'annexe I nationale : destruction, coupe, mutilation, arrachage et cueillette sont interdits sur le territoire régional concerné. Certaines listes départementales existent aussi pour quelques départements, parfois anciennement rattachés à une autre région, ce qui ajoute un troisième échelon de protection.
Pour connaître le statut exact d'une plante, le plus sûr est la fiche espèce de l'Inventaire national du patrimoine naturel (INPN), sur le site du Muséum. Son onglet consacré aux statuts de protection indique, pour chaque taxon, la liste nationale, la liste régionale ou départementale et les conventions internationales qui le concernent, avec le lien vers le texte officiel. Les conservatoires botaniques nationaux publient également des synthèses par territoire, souvent plus lisibles qu'un arrêté, et la direction régionale de l'environnement (DREAL) permet en général de télécharger la liste régionale sous forme de document PDF.
Les arrêtés préfectoraux qui encadrent la cueillette
Entre l'espèce libre et l'espèce protégée existe une troisième catégorie : les plantes dont la récolte est réglementée. L'arrêté ministériel du 13 octobre 1989 fixe la liste des espèces végétales sauvages pouvant faire l'objet d'une réglementation préfectorale permanente ou temporaire. Il ne protège rien par lui-même ; il autorise le préfet à limiter la cueillette dans son département lorsque la ressource est menacée par des prélèvements excessifs.
Figurent notamment sur cette liste la gentiane jaune (Gentiana lutea), dont les racines sont exploitées pour les liqueurs et apéritifs, l'arnica des montagnes (Arnica montana), les génépis et la jonquille des bois (Narcissus pseudonarcissus). Un arrêté préfectoral peut alors :
- limiter la quantité récoltée par personne et par jour, souvent exprimée en « ce que peut contenir une main » ;
- fixer des périodes de fermeture ou, au contraire, les dates d'ouverture ;
- soumettre la cueillette commerciale à une autorisation préalable ;
- désigner les communes ou les zones où la cueillette est permise et celles où elle ne l'est pas.
Ces arrêtés sont publiés au recueil des actes administratifs de la préfecture, font l'objet d'un affichage en mairie et figurent le plus souvent sur le site en .gouv.fr des services de l'État dans le département. Les préfectures de montagne, en Haute-Corse ou en Haute-Loire par exemple, mettent en ligne une page qui résume les espèces concernées et les règles de la saison.
| Texte | Portée géographique | Effet sur la cueillette |
|---|---|---|
| Arrêté du 20 janvier 1982, annexe I | Tout le territoire national | Interdite, y compris sur un terrain privé |
| Arrêté du 20 janvier 1982, annexe II | Tout le territoire national | Ramassage et vente soumis à autorisation ministérielle |
| Listes régionales et départementales | Ancienne région ou département visé | Interdite sur ce territoire seulement |
| Arrêté du 13 octobre 1989 et arrêtés préfectoraux | Département, parfois quelques communes | Limitée en quantité, en période ou soumise à autorisation |
| Arrêté du 19 juillet 1988 | Eaux marines françaises | Arrachage et destruction des espèces marines listées interdits |
Parcs nationaux, réserves et forêts : des règles propres au site
Même lorsqu'une espèce ne figure sur aucune liste, l'endroit où elle pousse peut suffire à interdire sa récolte. Le décret de création de chaque parc national fixe la réglementation de son cœur, et la plupart interdisent d'y cueillir des végétaux, sauf exceptions encadrées pour certains usages locaux. Les réserves naturelles nationales et régionales disposent chacune d'un règlement, affiché aux entrées du site, qui proscrit en général toute cueillette. Les arrêtés préfectoraux de protection de biotope peuvent enfin interdire des activités sur un milieu précis, qu'il s'agisse d'une tourbière ou d'une falaise.
Les sites Natura 2000 n'imposent pas par eux-mêmes d'interdiction générale de cueillette, mais les espèces qui ont justifié leur désignation sont souvent protégées par ailleurs. Dans un parc naturel régional, la réglementation reste celle du droit commun : la charte oriente les politiques publiques sans créer d'interdiction pour le promeneur, ce qui n'empêche pas les communes de prendre leurs propres mesures.
Reste la question de la propriété. Une plante sauvage appartient au propriétaire du terrain sur lequel elle pousse. Dans les bois et forêts, le Code forestier sanctionne l'enlèvement de végétaux sans l'accord du propriétaire, avec une peine plus lourde au-delà de dix litres. Dans les forêts domaniales gérées par l'Office national des forêts, une cueillette modeste pour un usage familial est habituellement tolérée, sauf interdiction locale affichée ; une récolte destinée à la vente demande en revanche une autorisation. Une tolérance n'est pas un droit, et elle ne s'étend jamais à une espèce protégée.
Quelles sanctions pour la cueillette d'une plante protégée ?
Celui qui enfreint les interdictions de l'article L411-1 se rend coupable d'un délit. L'article L415-3 du Code de l'environnement prévoit, dans sa version en vigueur, jusqu'à trois ans d'emprisonnement et 150 000 euros d'amende pour la destruction, la cueillette ou le commerce d'une espèce végétale protégée, les peines étant alourdies lorsque les faits sont commis en réunion ou dans le cadre d'un trafic. Le juge peut aussi ordonner la confiscation des végétaux et du matériel utilisé.
La violation d'un arrêté préfectoral qui encadre la cueillette relève en principe d'une contravention. Selon le texte en cause, l'infraction peut faire l'objet d'une amende forfaitaire dressée sur place par un agent de l'Office français de la biodiversité, un garde du parc national, un agent de l'ONF ou un gendarme. Dans la pratique, les poursuites visent surtout les récoltes importantes et le commerce, mais aucun seuil de tolérance n'est prévu pour une espèce protégée : une seule fleur de sabot de Vénus suffit à caractériser l'infraction.
L'ignorance du statut n'est pas une excuse recevable. Il appartient à celui qui cueille de s'informer, et c'est d'autant plus simple que les listes sont publiques et que les applications d'identification ont rendu la reconnaissance d'une plante accessible à tous.
Questions fréquentes sur la cueillette sauvage
- Peut-on cueillir une plante protégée dans son propre jardin ?
- Non, si la plante pousse spontanément et appartient à une espèce protégée : l'interdiction s'applique aussi sur une propriété privée. Un spécimen issu d'une culture horticole, acheté en jardinerie, n'est pas concerné par ces interdictions.
- Le muguet du 1er mai est-il une plante protégée ?
- Le muguet n'est pas protégé sur le territoire national, et sa cueillette familiale est libre dans la plupart des départements. Certains préfets en limitent toutefois la récolte en forêt, et le propriétaire du bois garde le droit de l'interdire.
- Où trouver la liste des plantes protégées de ma région ?
- La fiche espèce de l'INPN indique le statut de protection de chaque plante, et le conservatoire botanique national de votre territoire publie la liste régionale. Le texte officiel, dans sa version en vigueur, se consulte sur Legifrance.
- Photographier une orchidée protégée est-il autorisé ?
- La photographie n'est pas visée par le Code de l'environnement. En revanche, piétiner une station ou dégager la végétation autour de la plante peut constituer une destruction d'habitat, et le règlement d'une réserve peut interdire de sortir des sentiers.
Reconnaître une espèce avant de la cueillir
La difficulté pratique tient souvent à l'identification. Plusieurs plantes protégées ont des cousines communes presque identiques pour un œil non exercé : une gentiane de montagne protégée ressemble à une gentiane plus répandue, un lis ou une orchidée rare à une espèce voisine. La règle la plus simple consiste à ne rien prélever tant que l'identification n'est pas certaine, et à se reporter aux fiches plantes classées par genre pour comparer feuilles, fleurs et fruits avec les critères du botaniste.
Les termes employés dans les arrêtés et les flores, comme taxon, sous-espèce, station ou spontané, ont un sens précis. Une espèce protégée l'est avec toutes ses sous-espèces, sauf mention contraire du texte, et une plante « spontanée » est celle qui pousse sans avoir été semée ni plantée. Le glossaire botanique, qui définit ces termes un par un, aide à lire une liste officielle sans contresens.
Les applications de reconnaissance par photographie donnent une première piste, mais leur marge d'erreur reste importante sur les genres difficiles. Pour une plante rare, le signalement d'une station au conservatoire botanique de la région est plus utile qu'un prélèvement : il enrichit l'inventaire de la flore et permet parfois de protéger un site.
Les règles d'or d'une cueillette respectueuse
Pour les espèces non protégées, cueillir des plantes sauvages reste une pratique ancienne et légitime, qu'il s'agisse d'aromatiques, de fleurs pour un bouquet ou de feuilles pour une tisane. Quelques principes en font une cueillette responsable, qui ne nuit pas à la conservation des populations :
- Vérifier le statut de l'espèce et l'existence d'un arrêté préfectoral dans le département avant de partir.
- Ne jamais arracher la plante avec ses racines ou son bulbe, mais couper proprement la partie utile.
- Ne prélever qu'une petite part de ce qui pousse sur un site, en laissant la majorité des pieds fleurir et produire leurs graines.
- Éviter les milieux fragiles, les bords de route et les parcelles traitées, où la plante peut aussi être polluée.
- Demander l'accord du propriétaire hors du domaine public, et respecter la signalétique des parcs et réserves.
- Préférer la culture au jardin pour les espèces recherchées : de nombreuses vivaces sauvages existent en pépinière, issues de semis et non de prélèvements.
Cette dernière piste est souvent la meilleure : faire pousser chez soi une plante indigène rend la cueillette inutile et offre un refuge aux insectes pollinisateurs. Les conseils de semis, de division et de plantation du guide de jardinage et de ses gestes utiles s'appliquent aussi aux vivaces de la flore sauvage, à condition de les acheter auprès d'un producteur qui en garantit l'origine.
Les règles décrites ici sont celles en vigueur en septembre 2026. Les listes régionales et les arrêtés préfectoraux évoluent régulièrement, et seul fait foi l'arrêté publié au Journal officiel (JORF) ou au recueil des actes administratifs, dans sa version en vigueur au jour de la cueillette.












