Alectra brasiliensis est une Orobanchacée hémiparasite du cerrado brésilien : verte et capable de photosynthèse, elle prélève pourtant l’eau et les sels minéraux de graminées voisines grâce à des suçoirs fixés sur leurs racines.
Alectra brasiliensis (Orobanchaceae) est une plante hémi-parasite des savanes (cerrado) du Brésil. Elle se fixe sur les racines de graminées hôtes via des haustoriums, puisant eau et minéraux tout en conservant une capacité photosynthétique partielle.
Hémiparasite ou holoparasite : où se situe Alectra ?
Les botanistes distinguent deux grandes stratégies chez les plantes parasites. Les holoparasites, comme les orobanches de nos pelouses et de nos cultures, ont perdu leur chlorophylle : elles dépendent entièrement de leur hôte pour l’eau, les minéraux et les sucres. Les hémiparasites gardent des feuilles vertes et fabriquent une partie de leurs sucres par photosynthèse, mais elles détournent l’eau et les minéraux d’une plante voisine au lieu de les chercher seules dans le sol. Alectra brasiliensis appartient à cette seconde catégorie, comme les rhinanthes et les mélampyres des prairies et des bois européens.
L’haustorium est l’organe clé de ce mode de vie. Cette racine modifiée pénètre les tissus de la racine hôte jusqu’aux vaisseaux conducteurs et établit un pont avec le xylème : la sève brute de la graminée passe alors dans la parasite. Chez plusieurs Orobanchacées, la germination des graines est déclenchée par des substances émises par les racines d’un hôte potentiel, ce qui évite à la plantule de s’épuiser loin de toute ressource. Le genre a longtemps été rangé parmi les Scrophulariacées, avant que les études moléculaires ne le placent avec les autres parasites de la famille des Orobanchacées.
Description
La tige dressée porte des feuilles opposées et des fleurs jaunes tubuleuses. La plante émerge du sol après les premières pluies et accomplit son cycle en quelques semaines pendant la saison humide.
Cette fenêtre courte est typique des herbacées du cerrado : les pluies réveillent la strate herbacée, les graminées hôtes reprennent leur croissance, et la parasite fleurit puis fructifie avant le retour de la sécheresse. Hors de cette période, rien ou presque ne signale sa présence, ce qui explique qu’elle passe souvent inaperçue et reste peu documentée.
Le cerrado, un milieu façonné par la sécheresse et le feu
Le cerrado est une vaste mosaïque de savanes, de prairies arborées et de forêts sèches qui occupe le centre du Brésil. Le climat y alterne une saison des pluies et une longue saison sèche, et les feux de végétation font partie de son fonctionnement naturel. Beaucoup de plantes y survivent grâce à des organes souterrains épais, qui stockent des réserves et repartent après le passage des flammes. Pour une hémiparasite, ce milieu offre un avantage évident : les graminées y forment un réseau dense de racines, donc une ressource abondante et proche.
Ce milieu compte parmi les plus transformés du pays par l’agriculture et l’élevage, ce qui fragilise les espèces discrètes et peu étudiées qui y vivent. Le Brésil abrite bien d’autres plantes remarquables décrites dans la base, comme le pin du Paraná, conifère menacé du sud du pays ou la gunnera du Brésil et ses feuilles immenses.
Genre Alectra
Le genre Alectra compte une vingtaine d’espèces, surtout africaines. A. brasiliensis est l’une des rares espèces sud-américaines, ce qui pose des questions sur la biogéographie du groupe, probablement issu d’une dispersion intercontinentale à longue distance à travers l’océan Atlantique Sud, déjà large lorsque les Orobanchacées parasites se sont diversifiées.
En Afrique, certaines espèces du genre parasitent des légumineuses cultivées comme le niébé et provoquent des pertes de récolte. Alectra est proche du genre Striga, redouté des agriculteurs africains sur le sorgho, le mil et le maïs. Ces parentés expliquent l’intérêt des chercheurs pour les espèces sauvages : comprendre comment elles repèrent et envahissent leur hôte aide à imaginer des moyens de lutte contre les espèces nuisibles aux cultures.
Peut-on cultiver ou observer cette plante ?
Ce n’est pas une plante de jardin. Une hémiparasite liée à des hôtes précis se cultive très mal hors de son milieu : il faudrait semer en même temps la graminée hôte, reproduire l’alternance des saisons et obtenir des graines viables, rarement disponibles. Pour la découvrir, le plus sûr reste les herbiers et les collections des instituts botaniques brésiliens, ou l’observation sur le terrain pendant la saison des pluies. Les amateurs de flore sud-américaine se tourneront plutôt vers des espèces accommodantes, comme la justicia brésilienne, ornementale à fleurs roses.

















