Mousse pleurocarpe des troncs âgés, Anomodon pseudotristis forme des tapis pendants sur l'écorce des feuillus des forêts tempérées. Sa présence signale en général un boisement ancien, à l'air peu pollué, où les arbres ont eu le temps de vieillir.
Anomodon pseudotristis (Anomodontaceae) est une mousse pléurocarpique des forêts caducifolies tempérées d’Europe et d’Asie. Elle croît en tapis pendant sur les écorces rugueuses des vieux chênes, hêtres et charmes, souvent en compagnie d’autres espèces du même genre.
Morphologie
Les tiges sont irrégulièrement ramifiées, longues de 3 à 8 cm, brun-vert. Les feuilles ovales-lancéolées sont décurrentes, à nervure unique atteignant presque l’apex. La surface foliaire est papilleuse, ce qui lui donne un aspect mat.
Le terme « pleurocarpe » désigne une mousse dont les capsules naissent sur de courts rameaux latéraux, et non au sommet des tiges. Ce mode de croissance produit des tapis étalés, ramifiés, très différents des petits coussins dressés des mousses acrocarpes. Sur un tronc, ces tapis épousent les crevasses de l'écorce et peuvent couvrir de larges surfaces.
Une espèce à la nomenclature discutée
Le nom Anomodon pseudotristis n'est pas employé de la même façon par tous les bryologues : certaines flores rattachent ce taxon à un genre voisin, Haplohymenium, et la frontière entre espèces proches reste affaire de spécialistes. Cette instabilité est fréquente chez les mousses, où les caractères visibles sont peu nombreux et où l'examen microscopique des cellules foliaires fait souvent la différence.
Pour l'amateur, l'essentiel est de retenir le genre et l'écologie : des mousses robustes, aux feuilles mates, qui vivent sur les écorces et les rochers ombragés plutôt que sur le sol.
Écologie
Espèce sensible à la qualité de l’air, elle sert d’indicateur de continuité forestière. Sa présence sur un site témoigne généralement d’une forêt ancienne peu perturbée.
Les mousses épiphytes absorbent l'eau et les éléments minéraux directement par leurs feuilles, sans racines véritables. Elles captent donc aussi les polluants atmosphériques, ce qui explique leur recul dans les zones industrielles et leur emploi dans les études de bio-indication. La continuité forestière, c'est-à-dire le maintien d'un couvert boisé sur une longue période, leur est indispensable : une coupe rase interrompt la colonisation, et le retour des espèces les plus exigeantes peut prendre très longtemps.
Observer les mousses des troncs
Une loupe de poche suffit pour une première approche : on regarde la forme des feuilles, la présence d'une nervure, l'aspect brillant ou mat de la surface. Les tapis se prélèvent avec parcimonie, en un petit fragment, pour une détermination au microscope si nécessaire. L'humidité change beaucoup l'apparence d'une mousse : sèches, les feuilles se replient contre la tige ; humides, elles s'étalent.
D'autres mousses de la base illustrent la diversité de ce groupe, comme la mousse Acrocladium coridifolium aux feuilles de coris ou Acroporium lamprophyllum, aux feuilles luisantes, qui montre à l'inverse une surface brillante. L'ensemble des taxons de cette lettre figure parmi les fiches des plantes du genre A.
Préserver quelques vieux arbres dans un parc ou un bois privé reste la meilleure façon d'offrir un support à ces espèces discrètes, qui participent à la rétention d'eau et abritent une petite faune d'invertébrés.

















