En botanique, on qualifie d'aberrant un individu ou un taxon dont les caractères morphologiques, physiologiques ou génétiques s'écartent nettement du type de l'espèce ou du genre. Le mot vient du latin aberrare, « s'écarter, s'égarer ». Il désigne aussi bien une plante née avec une malformation qu'un groupe difficile à rattacher au reste de la classification.
Individus aberrants
Un individu aberrant porte le plus souvent une anomalie de développement, que les botanistes étudient sous le nom de tératologie végétale. Parmi les cas les plus observés au jardin :
- la fasciation : la tige s'aplatit en ruban, parfois enroulé en crosse, et porte une foule de feuilles ou de fleurs serrées ; on la voit sur le saule, le pissenlit, la célosie ou l'euphorbe ;
- la pélorie : une fleur normalement irrégulière (à symétrie bilatérale) devient régulière, comme les fleurs terminales en étoile de certaines digitales ou la forme décrite par Linné chez la linaire commune ;
- la prolifération : une fleur ou une inflorescence repart en tige feuillée depuis son centre, comme une rose qui produit un bouton au milieu de ses pétales ;
- la virescence et la phyllodie : les pièces florales verdissent ou prennent l'aspect de feuilles.
Ces aberrations n'ont en général pas de valeur taxonomique : elles résultent d'accidents de développement (blessure, piqûre d'insecte, infection par un virus ou un phytoplasme, mutation somatique) et ne se transmettent pas toujours à la descendance. Certaines, fixées par le bouturage ou le greffage, ont pourtant donné des cultivars recherchés, comme les formes crêtées de cactus et de célosies.
Taxons aberrants en systématique
Un genre ou une famille est dit aberrant lorsque ses caractères ne concordent bien avec aucun groupe voisin, si bien que sa place dans la classification reste incertaine. Amborella trichopoda (Amborellaceae), arbuste de Nouvelle-Calédonie, en est l'exemple classique : longtemps jugé à part, il est aujourd'hui placé par les analyses moléculaires comme la lignée sœur de toutes les autres plantes à fleurs. À mesure que la phylogénie moléculaire progresse, la notion de taxon aberrant tend à disparaître : un groupe « inclassable » trouve le plus souvent sa place une fois son ADN comparé.
Aberrant, anormal, monstrueux : quelles nuances ?
Les trois termes se recoupent sans se confondre. Anormal qualifie un caractère ponctuel qui s'écarte de la règle (une feuille, une fleur). Monstrueux (ou tératologique) s'emploie pour une malformation spectaculaire d'un organe. Aberrant est le plus large : il peut viser une plante entière, une population ou un taxon, et s'emploie aussi en génétique pour les aberrations chromosomiques (pertes, doublements ou inversions de segments de chromosome).















