La prédation intraguilde (IGP, de l'anglais intraguild predation) désigne le cas où un prédateur consomme un autre prédateur qui exploite la même proie que lui. L'interaction mêle donc deux relations à la fois, la compétition pour une ressource commune et la prédation directe, et elle peut affaiblir les guildes d'auxiliaires qui régulent les ravageurs des plantes.
Les trois rôles d'une relation intraguilde
Les écologues décrivent l'IGP comme un petit module à trois acteurs :
- le prédateur intraguilde : l'espèce qui mange à la fois la proie commune et son concurrent ;
- la proie intraguilde : le concurrent plus petit ou plus vulnérable, qui se nourrit de la même ressource mais risque d'être dévoré ;
- la ressource partagée : la proie commune, souvent un herbivore (puceron, acarien phytophage, chenille).
La relation peut être à sens unique, quand une seule espèce mange l'autre, ou réciproque, quand chacune peut dévorer l'autre selon le stade de développement : un adulte s'attaque aux larves de l'espèce voisine, et inversement.
Exemples en contrôle biologique
En protection biologique des cultures, l'IGP est un problème connu : si l'on libère simultanément Phytoseiulus persimilis (acarien prédateur des araignées rouges) et Neoseiulus californicus (autre acarien prédateur), les deux espèces se font concurrence. N. californicus est omnivore et peut prédater P. persimilis. Conséquence : le contrôle du ravageur est parfois moins bon qu'avec une seule espèce.
Les coccinelles fournissent un autre cas bien étudié : la coccinelle asiatique Harmonia axyridis, grande consommatrice de pucerons, dévore aussi les œufs et les larves d'autres coccinelles et de syrphes qui chassent les mêmes colonies. Les chrysopes, les punaises prédatrices et les araignées entrent elles aussi dans ces réseaux où les auxiliaires se mangent entre eux.
Implications pour les écosystèmes végétaux
La prédation intraguilde a des effets en cascade sur la végétation : si le prédateur supérieur élimine les prédateurs intermédiaires, les proies herbivores et les plantes sont davantage soumises à la pression d'herbivorie. Ces interactions sont intégrées dans les modèles de contrôle biologique conservationnel et dans la conception des ceintures refuges pour la faune auxiliaire.
Limiter l'IGP au jardin et en culture
Quelques principes reviennent dans les programmes de lutte biologique pour réduire ces pertes entre auxiliaires :
- choisir les espèces lâchées ensemble en fonction de leurs régimes, plutôt que de cumuler plusieurs prédateurs généralistes ;
- décaler les lâchers dans le temps ou les répartir sur des zones différentes de la culture ;
- offrir de la structure végétale (haies, bandes fleuries, paillis) : plus l'habitat est complexe, plus la proie intraguilde trouve d'abris pour échapper à son prédateur ;
- maintenir une ressource abondante, car la prédation entre auxiliaires augmente quand la proie commune se raréfie.
Prédation intraguilde, cannibalisme et lutte biologique
La prédation intraguilde est-elle la même chose que le cannibalisme ?
Non. Le cannibalisme se produit entre individus de la même espèce, alors que la prédation intraguilde implique deux espèces différentes qui partagent une proie.
L'IGP nuit-elle toujours à la lutte biologique ?
Pas forcément. Elle peut réduire l'efficacité d'un lâcher combiné, mais dans un milieu diversifié les auxiliaires disposent de refuges et de proies variées, ce qui atténue l'effet et stabilise souvent la régulation des ravageurs.















